Depuis le 1er septembre 2025, le Diplôme d’expertise comptable (DEC), pourtant pivot de toute la filière comptable française, n’est plus inscrit au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP). Le code RNCP35043 que j’avais appris à vénérer dans les parcours d’accompagnement sur compta-vae.fr s’est éteint : il est désormais affiché comme « inactif », marquant l’absence de renouvellement de ce qui constituait jusqu’ici une reconnaissance institutionnelle au niveau « Grade Master ». Une décision administrative, peut-être logique pour France Compétences, mais pour nous, en première ligne, elle sonne comme une mise entre parenthèses de milliers de trajectoires professionnelles, une suspension brutale de la voie VAE, et surtout un arrêt du principal levier d’accès : le CPF.
Un diplôme structurant pour les professions réglementées
Le DEC est la porte d’entrée officielle vers les métiers d’expert-comptable et de commissaire aux comptes. Diplôme d’État de très haut niveau, il sanctionne un parcours exigeant : obtention préalable du DSCG, trois années de stage en cabinet, puis soutenance d’un mémoire et épreuves finales.
Son inscription au RNCP garantissait doublement sa valeur : reconnaissance officielle par l’État et accès aux financements publics, notamment par le biais du Compte Personnel de Formation (CPF). L’absence de renouvellement change radicalement la donne.
https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/35043/
Les raisons d’un retrait inattendu
Le RNCP, piloté par France Compétences, impose aux certificateurs un processus rigoureux de réexamen. Chaque demande doit s’appuyer sur une analyse fine de l’adéquation du diplôme aux besoins actuels du marché, des preuves d’insertion professionnelle des diplômés et une actualisation régulière des référentiels.
Selon plusieurs sources proches du dossier, les difficultés seraient venues de plusieurs fronts :
- La note d’opportunité défendant la pertinence du diplôme n’aurait pas su démontrer clairement sa modernisation face aux mutations de la profession (digitalisation des processus comptables, normes internationales, rôle élargi du conseil stratégique).
- Les enquêtes d’insertion obligatoires, qui nécessitent un retour solide des diplômés, auraient souffert d’un taux de participation insuffisant, fragilisant statistiquement le dossier.
- Enfin, des délais administratifs trop serrés ou le non-suivi de certaines recommandations formulées lors d’évaluations précédentes pourraient avoir empêché le renouvellement.
En clair, il ne s’agirait pas d’une remise en cause du contenu du diplôme en lui-même, mais d’un écart avec les exigences procédurales et méthodologiques de France Compétences.
Un impact direct sur étudiants, écoles et filière
La décision produit des effets immédiats qui font trembler l’écosystème de la formation comptable :
- Pour les étudiants, un verrou s’installe. Sans reconnaissance RNCP, certains parcours perdent leur éligibilité au financement public. Un frein majeur pour des candidats dont le coût de formation est élevé.
- Pour les organismes de formation, la perte de référencement CPF fragilise leur attractivité et leur équilibre économique. Les classes préparant le DEC risquent de se vider, menaçant l’avenir de structures déjà en tension.
- Pour la profession, c’est toute une filière qui vacille. Déjà confrontée à une pénurie de candidats, elle pourrait se retrouver face à une raréfaction dramatique des futurs experts-comptables agréés.
Au-delà des difficultés financières et administratives, c’est aussi une question de lisibilité : la non-reconnaissance RNCP pourrait brouiller la compréhension internationale du niveau académique du DEC, là où d’autres certifications étrangères (comme le CPA américain ou l’ACA britannique) pourtant concurrentes, gardent une norme claire et solide.
Quelles perspectives pour l’avenir ?
Face à ce choc, les regards se tournent vers le Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables et la Compagnie des commissaires aux comptes, qui devront coopérer avec France Compétences pour redéposer un dossier de renouvellement. Cela impliquera une modernisation en profondeur des référentiels, davantage alignés sur les pratiques digitales, l’audit 4.0 et le rôle stratégique croissant des experts-comptables auprès des dirigeants d’entreprise.
En attendant, une solution transitoire pourrait passer par l’inscription du diplôme au Répertoire spécifique (RS), offrant une reconnaissance plus limitée, ou par le recours accru à des certifications internationales pour pallier le vide institutionnel.
Une alerte sur le modèle français de certification
Le non-renouvellement du DEC envoie un signal lourd de conséquences : même un diplôme d’État, considéré comme le graal d’une profession réglementée, n’est pas à l’abri des nouvelles exigences administratives et méthodologiques du RNCP. Pour la filière comptable, il s’agit d’un avertissement sans précédent, qui pourrait bien précipiter une remise en cause de toute la stratégie de formation et de valorisation des compétences dans les années à venir.
Le DEC en VAE : une mission, une conviction
Depuis des années, j’accompagne, oriente, parfois relève des candidats qui misent sur la VAE pour transformer leur expérience en reconnaissance officielle. Le DEC, ce diplôme d’État, exigeant et valorisé, n’était pas seulement un “titre”, il était la clef de voûte pour l’exercice réglementé d’expert-comptable ou de commissaire aux comptes.
Sa présence au RNCP, c’était la garantie que chaque parcours VAE pouvait s’appuyer sur une reconnaissance institutionnelle, sur la possibilité de solliciter le Compte Personnel de Formation (CPF), parfois l’unique moyen de rendre le rêve accessible face aux coûts d’accompagnement, de mémoire et de préparation.
Le coup d’arrêt du financement : au-delà de la technocratie
Aujourd’hui, l’évidente conséquence, c’est le blocage total des dossiers VAE au titre du DEC sur France VAE et sur MonCompteFormation. Les financements ne passent plus, les dossiers stagnent, l’accompagnement est suspendu pour les acteurs engagés autour de la réussite des candidats.
Je vois de nombreux candidats, motivés, devoir mettre leur projet entre parenthèses. Ce sont des parcours qui se brisent, des ambitions contrariées, voire des détresses financières personnelles. Pour l’écosystème VAE, c’est bien plus qu’une gêne : c’est un choc opérationnel, avec un effet domino sur l’activité des accompagnateurs, architectes de parcours, et sur tout le paysage de l’expertise comptable en France.
Les organismes de formation conventionnés peinent à se réinventer, leur réputation vacille, et l’absence de visibilité sur un calendrier de résolution aggrave la situation.
Pourquoi ? Une question institutionnelle, des impacts humains
Certes, France Compétences impose au renouvellement RNCP un process exigeant, des indicateurs d’opportunité affûtés, une actualisation constante des référentiels et des preuves d’insertion professionnelle.
Peut-être le dossier n’a-t-il pas été jugé assez solide, peut-être les réponses des diplômés n’ont pas été assez nombreuses, sans doute la démonstration de l’adaptation du DEC aux évolutions du secteur (digital, nouveaux métiers du chiffre) n’a-t-elle pas été suffisamment convaincante.
Mais derrière ces exigences légitimes, les conséquences touchent des milliers de candidats et des centaines de professionnels mobilisés autour du DEC. Oui, la VAE est aussi une voie d’excellence, une opportunité pour ceux qui apprennent “hors cadre”, sur le terrain, et qui attendent une validation institutionnelle de leur parcours.
Blocage du CPF : de la sidération à la mobilisation
Le DEC, privé de sa reconnaissance RNCP, perd d’un coup son principal moyen de financement CPF. Or, pour beaucoup, le CPF est la condition sine qua non pour enclencher le processus de validation, préparer le mémoire, financer l’accompagnement expert, et passer devant le jury. Sans financement, le dispositif devient quasi inaccessible.
Des candidats renoncent, des accompagnateurs comme moi doivent composer avec l’incertitude, avec la nécessité de poursuivre l’accompagnement bénévolement pour éviter une rupture trop brutale de parcours.
Une alerte pour toute la filière, un appel à l’action
Notre filière doit se mobiliser. Il faut que les instances de la profession, l’Ordre des Experts-Comptables, la Compagnie des Commissaires aux Comptes, ainsi que les représentants des architectes de parcours VAE, exigent un redépôt rapide, une actualisation des référentiels du DEC, un renforcement de l’écoute terrain, une analyse ouverte des besoins et des attentes du marché pour retrouver ce précieux sésame RNCP.
Ce moment de blocage doit servir d’électrochoc pour repenser nos modalités d’accompagnement, solliciter les instances publiques, inventer des solutions transitoires, et préserver l’esprit même de la VAE.
Pour conclure
C’est en tant qu’accompagnateur VAE au DE CET accompagnateur au Mémoire (RC3) du DEC, frontalier des espoirs et des parcours parfois trop chaotiques, que j’appelle à la responsabilité collective et institutionnelle. Le DEC doit redevenir accessible par la voie de la VAE, le CPF doit être débloqué au plus vite pour ne pas sacrifier une génération de candidats, et notre modèle doit s’adapter pour que la compétence sur le terrain reste valorisée et reconnue, comme elle le mérite.
— Thomas, compta-vae.fr



