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(suite) Le DEC est MORT !

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« Décès administratif » du DEC :

diagnostic, enjeux et voies de sortie

Par Thomas Grâce — Compta-VAE

Mon post LinkedIn déclarant « Le Diplôme d’Expertise Comptable est MORT » a fait le buzz avec 125000 impressions, 80 commentaires, plus de 360 réactions et des partages massifs en une semaine (20 septembre 2025). Il visait à alerter sur le retrait du DEC du RNCP, un événement administratif inattendu qui bloque temporairement les accès aux financements des formations au DEC et les recevabilités en VAE. Au-delà du sensationnalisme, l’événement révèle des fragilités procédurales et structurelles — renforcées par le décret n°2025-500 — et pose des questions opérationnelles, financières et de gouvernance auxquelles la profession doit répondre rapidement. Cet article analyse les commentaires, les réponses apportées, les questions soulevées et celles encore en suspens, dans le contexte d’une réforme imminente. L’objectif ? Transformer cette crise en opportunité pour une filière en pleine mutation.

1. Faits essentiels et contexte juridique

La fiche RNCP du DEC (code RNCP35043) apparaît aujourd’hui comme inactive — situation officiellement constatée depuis le 1ᵉʳ septembre 2025 — ce qui signifie que, pour l’instant, le diplôme n’est plus enregistré dans le répertoire national accessible aux financeurs (OPCO et CPF inclus).
Ce retrait n’est pas une décision punitive, mais le résultat d’un processus administratif non respecté. L’inscription au RNCP, d’une durée maximale de cinq ans, nécessite un renouvellement. Ce processus exige un dossier démontrant l’adéquation du diplôme aux besoins du marché, des preuves d’insertion professionnelle et une actualisation des référentiels. Cela intervient dans un contexte règlementaire resserré : le décret n°2025-500 (publié en juin 2025) a durci les critères d’enregistrement et de renouvellement des certifications au RNCP et au Répertoire Spécifique (RS), et renforce les pouvoirs de contrôle de France compétences ; ses nouvelles dispositions prennent pleinement effet à la rentrée / automne 2025. Ce durcissement administrative explique au moins en partie la sévérité des effets lorsqu’un dossier de renouvellement ne satisfait pas instantanément aux exigences.

Face à l’onde de choc, le commentaire le plus marquants est celui du Conseil National de l’Ordre des Experts-Comptables (CNOEC) :

« Les fiches RNCP ont une durée de validité de 5 ans. Nous travaillons actuellement avec la présidence du jury du DEC et le Ministère de l’Enseignement Supérieur à la conception de la nouvelle fiche qui sera publiée dans les prochaines semaines. ».

2. Effets opérationnels immédiats

(qui concernent la VAE et les financements aux formations du DEC par OPCO/CPF)

La première conséquence pratique la plus visible est l’impact sur les financements aux formations au DEC, que ce soit en VAE ou en classique : l’inactivité RNCP empêche l’ouverture de nouvelles inscriptions via le CPF ou les OPCO et complique le financement d’accompagnements et de préparations pour les candidats au DEC. Plusieurs acteurs signalent des dossiers de prises en charge financière bloqués et des demandes de financement suspendues.

Il faut toutefois distinguer deux réalités juridiques :
• La valeur professionnelle du diplôme obtenu antérieurement n’est pas effacée du jour au lendemain — les titulaires conservent leurs droits professionnels — ;
• L’enregistrement RNCP est une condition administrative importante pour la lisibilité, l’accès au financement et la diffusion du diplôme. Des communications officielles ont cherché à rassurer sur la continuité des sessions, mais des zones d’ombre persistent.

Concrètement :
• Ceux inscrits avant le 1ier septembre, poursuivent leurs parcours, mais ne peuvent plus obtenir de prises en charge pour leurs formations au DEC, ni leur accompagnement en VAE.
• Ceux qui n’étaient pas inscrits ou qui n’avaient pas demandé leurs recevabilités sont bloqués. Aucun financement possible, ni aucune recevabilité.

3. Ce que les commentaires ont révélé

Mon post LinkedIn et ses plus de 80 commentaires ont fourni un miroir utile :
• Inquiétudes sociales et humaines : candidats (classique ou VAE) qui voient leurs efforts menacés ; accompagnants confrontés à l’arrêt des flux de missions.
• Questionnement procédural : les contributeurs demandent si l’inactivité résulte d’un retard de dépôt du dossier de renouvellement ou d’un rejet motivé par l’application stricte du décret 2025-500. Cette question — centrale — reste partiellement sans réponse publique.
• Attractivité de la filière : Alors que la profession peine déjà à recruter, cette crise administrative risque de décourager davantage les candidats.
• Reconnaissance et crédibilité : Même si la valeur professionnelle du DEC est inchangée, son absence du RNCP peut nuire à sa lisibilité, notamment à l’international, et à sa crédibilité auprès du grand public et des financeurs publics.
• Ton pragmatique et réassurance : des intervenants (professionnels et académiques) rappellent que l’obtention du DEC demeure la clé d’accès à l’Ordre et que l’incident est, pour certains, avant tout administratif. Ces prises de parole ont permis d’apaiser certains fils mais n’ont pas levé les incertitudes opérationnelles.

4. Pourquoi cette situation est révélatrice

(au-delà de l’anecdote)

Trois enseignements structurants :
1. Fragilité des passerelles entre régulation et terrain — une échéance administrative mal anticipée (ou un dossier jugé insuffisant) a des effets immédiatement disruptifs sur des parcours de formation longs et coûteux.
2. Risques pour l’attractivité de la filière — la visibilité du « décès administratif » risque de décourager des vocations alors que la profession peine déjà à recruter aux niveaux DCG/DSCG.
3. Nécessité d’un accompagnement transitoire — la réglementation permet des mesures (inscription au RS, dispositifs alternatifs, mesures transitoires), mais la mise en œuvre requiert coordination entre France compétences, ministère, Ordre et opérateurs de formation.

5. Les enjeux de la réforme en cours

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de réforme des diplômes d’expertise comptable prévue pour 2026. La réforme, initiée par les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, vise à moderniser l’ensemble de la filière en touchant le DCG, le DSCG et le DEC.

Les objectifs de cette modernisation sont ambitieux : renforcer l’employabilité des diplômés, intégrer de nouvelles compétences comme la comptabilité extra-financière et la gestion des données, la digitalisation, les normes internationales, audit 4.0, … et améliorer l’attractivité d’une filière qui peine à recruter.

Jacques Maureau, ancien président de la commission Formation du CNOEC, souligne que cette réforme représente « une opportunité unique pour les experts-comptables de contribuer activement à la formation des nouvelles générations ».

Un secteur en tension malgré sa dynamique

Paradoxalement, la filière expertise comptable connaît une forte croissance en termes d’emplois, avec des recrutements progressant de 6% par an depuis dix ans. Le secteur a accueilli 50 000 salariés supplémentaires en 25 ans pour atteindre 170 000 emplois. Cependant, cette dynamique se heurte à un déficit chronique de diplômés, particulièrement au niveau intermédiaire du DCG, où deux tiers des cabinets rencontrent des difficultés de recrutement.

Cette pénurie s’explique notamment par un manque de notoriété de la filière après le baccalauréat et une moindre attractivité des parcours audit/expertise des grandes écoles de commerce. Pour contrer cette tendance, de jeunes experts-comptables s’efforcent de défendre l’image de leur profession, mettant en avant « des missions variées, un train de vie confortable et du travail à gogo« . Continuez ainsi les jeunes !

6. Recommandations opérationnelles

Geler les conséquences sur les parcours en cours : permettre à nouveau l’obtention des prises en charge (OPCO/CPF) des formations au DEC (y compris l’accompagnement à la VAE) et délivrer les recevabilités en VAE au DEC.
Publier une FAQ officielle co-signée CNOEC / Ministère / France compétences pour lever les principales inquiétudes des candidats et des financeurs.

Renouveler rapidement le dossier RNCP en conformité avec le décret 2025-500, en explicitant la prise en compte des compétences numériques, ESG, data & audit moderne.

Mettre en place un comité de suivi incluant représentants VAE, employeurs, financeurs et jurys pour assurer une transition « lisse » et une gouvernance partagée.

Améliorer la communication publique et les process d’anticipation : calendrier clair de renouvellement, alertes automatiques, plan de continuité pédagogique.

7. Questions encore en suspens

• Le dossier a-t-il été déposé et jugé insuffisant, ou n’a-t-il pas été déposé à temps ? Simple oubli de demande de renouvellement ou un refus motivé par un manque de modernisation ?

• Quelles solutions de financement s’appliquent aux candidats dont le dossier VAE est en cours (recevabilité) ?

• Quelle est la portée exacte des nouvelles exigences (nombre de certifiés, impact emploi) pour le référentiel DEC ?

• Quand exactement la nouvelle fiche sera-t-elle active ?

Ces points en suspens soulignent un décalage entre la lourdeur/lenteur administrative (décret n°2025-500 renforçant les critères RNCP) et l’urgence professionnelle. Dire que France Compétences vise à « booster la qualité et la transparence » …

Conclusion

entre urgence opérationnelle et nécessité d’une refondation raisonnée

En conclusion, le DEC n’est pas « mort » professionnellement, mais administrativement en pause.

Le retrait temporaire de la fiche RNCP du DEC n’est pas la « fin » de la profession mais constitue un électrochoc administratif et politique.

Il met en lumière un besoin urgent : articuler exigences réglementaires renforcées et protection des parcours professionnels en cours.

La profession doit transformer cette crise en opportunité — non pas pour préserver un état de fait, mais pour refonder un référentiel qui rende le DEC lisible, moderne, finançable et attractif.

Les décisions prises dans les prochaines semaines (actes de transparence, mesures transitoires et calendrier de réinscription) détermineront si ce « décès administratif » restera un incident ou pas.

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