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Saisie comptable : fin du monopole EC.

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Saisie comptable : la Cour de cassation précise les limites du monopole des experts-comptables

Un arrêt du 17 septembre 2025 marque un tournant en distinguant la simple saisie informatique des activités comptables réservées aux seuls experts-comptables, une décision qui impactera tant la profession que les entreprises clientes.

L’affaire en bref

  • Date de l’arrêt : 17 septembre 2025
  • Juridiction : Cour de cassation, Chambre commerciale, financière et économique
  • Question centrale : La saisie informatique de données comptables dans un logiciel dédié constitue-t-elle, à elle seule, un exercice illégal de la profession d’expert-comptable ?
  • Décision : Non, cet acte matériel n’entre pas dans le champ strict des activités réservées.

Un contexte jurisprudentiel fluctuant

Le périmètre exact des « activités réservées » de l’expert-comptable, défini par l’ordonnance de 1945, a longtemps fait débat dans les prétoires. La jurisprudence avait récemment évolué vers une interprétation assez stricte. Un arrêt du 22 février 2022 avait confirmé que les opérations listées à l’article 2 de l’ordonnance de 1945 – telles que tenir, centraliser, surveiller la comptabilité ou analyser la situation économique – sont bel et bien réservées aux titulaires du titre. Un autre arrêt du 4 octobre 2022 était venu sanctionner la sous-traitance de travaux comptables à un tiers non inscrit, même pour le compte d’un expert-comptable.

L’enjeu pour les instances ordinales était de protéger le cœur de métier et de garantir l’intérêt général, tandis que pour les professionnels non-inscrits, il s’agissait de clarifier ce qu’ils peuvent légalement accomplir sans risquer des poursuites pour exercice illégal.

La distinction décisive de la Cour

La Cour de cassation, dans son arrêt du 17 septembre 2025, opère une nuance essentielle. Elle casse partiellement une décision de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence qui considérait que la seule action de saisie dans un logiciel caractérisait l’exercice illégal. La Haute Juridiction estime que la matérialité du geste de saisie, dépourvu de tout travail d’analyse, d’habitude ou de responsabilité assumée en nom propre, est insuffisante pour tomber sous le coup du monopole.

En d’autres termes, la Cour établit une distinction claire entre un acte purement technique et les missions intellectuelles qui requièrent l’expertise et la responsabilité d’un professionnel certifié. La saisie devient illégale seulement lorsqu’elle s’intègre dans un processus plus large comprenant, par exemple, la tenue habituelle de la comptabilité, la vérification des écritures ou l’appréciation de la situation financière de l’entreprise.

Ce qui change concrètement : un paysage rééquilibré

Tableau récapitulatif des impacts de l’arrêt

Pour les experts-comptablesPour les autres professionnels
Recentrage sur les missions à plus forte valeur ajoutée (analyse, conseil)Clarification des tâches qui peuvent être légalement réalisées (saisie simple)
Nécessité de prouver l’habitude et la responsabilité dans les poursuites pour exercice illégalPossibilité de se concentrer sur la prestation technique sans crainte de poursuites abusives

Une évolution alignée sur la transformation digitale

Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large de transformation des métiers du chiffre. La digitalisation et l’automatisation, via des technologies comme la reconnaissance optique de caractères (OCR) ou l’intelligence artificielle, révolutionnent déjà les tâches répétitives telles que la saisie comptable et les rapprochements bancaires.

Le comptable moderne voit son rôle évoluer d’exécutant technique vers un véritable conseiller stratégique. La valeur ajoutée se déplace de la production des chiffres vers leur interprétation et leur exploitation pour éclairer les décisions des dirigeants. En cela, l’arrêt de la Cour de cassation acte une réalité économique : la simple saisie des données est une activité qui, désormais, relève davantage de la logistique que de l’expertise comptable proprement dite.

Conclusion : vers un recentrage sur la valeur ajoutée

En définitive, cet arrêt du 17 septembre 2025 s’inscrit dans une clarification nécessaire de la répartition des tâches. Il reconnaît la légitimité des activités purement techniques de saisie, tout en réaffirmant la protection du cœur de métier intellectuel et stratégique de l’expert-comptable. Pour la profession, c’est une invitation à accentuer sa mutation vers le conseil et l’analyse, là où son expertise est irremplaçable. Pour le marché, c’est une clarification qui permet une saine collaboration entre les différents intervenants, au bénéfice final des entreprises.

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