Le CPF : un outil rigide à l’heure des besoins flexibles
Charles Sitzenstuhl et Corentin Le Fur ont adressé trois questions écrites à la ministre du Travail concernant le Compte Personnel de Formation (CPF). Les principales interrogations portent sur :
- La transmissibilité du CPF : la possibilité de transférer des droits CPF à un autre salarié ou à un membre de la famille est rejetée, car elle irait à l’encontre de la philosophie du CPF, qui vise à maintenir l’employabilité individuelle et à sécuriser les parcours professionnels.
- La limite d’âge : le CPF n’est plus utilisable après 67 ans, même si des seniors souhaitent se former. Le gouvernement justifie cette limite par le fait que les retraités n’ont plus besoin de maintenir leur employabilité.
Les réponses soulignent que le CPF est un outil personnel et non transférable, conçu pour accompagner les actifs tout au long de leur carrière. Son utilisation est donc réservée aux personnes en activité professionnelle.
Ainsi, bien que le CPF soit un dispositif précieux pour les actifs, son caractère strictement individuel et sa limite d’âge apparaissent aujourd’hui comme des freins à son utilité sociale. Alors que le gouvernement justifie son intransmissibilité par la nécessité de maintenir l’employabilité individuelle, cette rigidité mérite d’être questionnée à l’aune des réalités économiques et familiales.
Une solidarité intergénérationnelle entravée
Le refus catégorique de permettre le transfert des droits CPF au sein d’une même famille est un non-sens social. Combien de parents, en fin de carrière, voient leurs crédits CPF inutilisés se perdre, alors que leurs enfants pourraient en bénéficier pour financer un permis de conduire ou une formation qualifiante ? Le CPF pourrait devenir un levier de mobilité sociale, en permettant aux familles de mutualiser leurs droits pour soutenir les plus jeunes ou les plus précaires. Au lieu de cela, le gouvernement préfère invoquer une « philosophie » du dispositif, sans considérer les besoins concrets des ménages.
Des seniors exclus du droit à la formation
La limite d’âge fixée à 67 ans est tout aussi discutable. Avec l’allongement des carrières et le développement des cumuls emploi-retraite, de nombreux seniors ont besoin de se former pour rester compétitifs ou se reconvertir. Pourtant, le CPF leur est fermé, au motif qu’ils n’ont plus à « maintenir leur employabilité ». Une vision réductrice, qui ignore la réalité d’un marché du travail où l’âge ne doit pas être un obstacle à l’apprentissage.
Vers un CPF solidaire et inclusif
Plutôt que de s’enfermer dans une logique purement individuelle, le CPF gagnerait à s’inspirer d’autres dispositifs comme le don de RTT. Autoriser les transferts familiaux ou intergénérationnels, tout en supprimant la limite d’âge, renforcerait son impact social. Cela permettrait de répondre aux inégalités d’accès à la formation et d’adapter le dispositif aux réalités des parcours de vie, souvent marqués par des besoins partagés au sein des familles ou des carrières prolongées.
Conclusion
Le CPF doit évoluer pour devenir un véritable outil de solidarité. Le gouvernement ferait bien d’écouter les demandes des parlementaires et des citoyens, plutôt que de se cantonner à une application dogmatique de la loi. La formation est un droit ; elle devrait aussi pouvoir être un partage.


